De tels propos exprimeraient, dans la bouche de gens à l’humour revêche et à la colère raide, à la fois la plaisanterie d’être dans un pays où le système en vigueur ne s’accommode guère d’un vrai président, et la peine de voir le père de Novembre 1954 disparaître six mois seulement après son arrivée à la tête du HCE.
La commission Bouchaib et sa confirmation de la thèse de l’acte isolé, le procès en 1995 du sous-lieutenant Lembarek Boumarafi, les sorties publiques de Khaled Nezzar se désolant de l’indiscipline d’un officier ne furent, tout compte fait, que de la poudre aux yeux destinée à endormir des esprits trop éveillés.
Rien ne sert, alors, d’ajouter à l’adjectif «indiscipliné» le qualificatif «islamiste» pour maquiller l’acte d’un militaire aux ordres de forfaiture d’un agent double. Car, si tel était le cas, Boumarafi aurait d’abord éliminé les généraux qui, en interrompant le processus électoral, ont en même temps empêché l’instauration de l’Etat islamique.
Si Boudiaf était un danger à l’Islam politique, ceux qui ont légitimé par son poids historique la mesure du 11 janvier 1992 en étaient la cause. D’où la conclusion : Boumarafi n’est ni un démocrate ni un islamiste. Encore moins un militaire come un autre.
C’est l’instrument d’un système qui serre à droite quand la menace se signale à gauche. Et inversement. Un système sans valeurs démocratiques ni convictions islamistes.
Le système dont «le centre de gravité est partout et la circonférence est nulle part», dixit Pascal. Telle est la vérité sur l’assassinat de Boudiaf.












