Sahara et Sahel : la conférence internationale sur la sécurité hypothéquée par une crise diplomatique
Écrit par Administrator Lundi, 01 Mars 2010 19:50
La libération des quatre terroristes d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) en échange de celle de l'otage français Pierre Camatte, va rendre hypothétique la tenue d'une conférence internationale sur la sécurité dans la bande sahélo-saharienne, estiment les observateurs à Bamako.
La première conséquence de cette libération a été le rappel pour consultation des ambassadeurs de Mauritanie et d'Algérie. Ces deux pays reprochent à Bamako son laxisme dans la traque des éléments d'AQMI.
Déjà, le président malien Amadou Toumani Touré a été souvent taxé de "passeur de rançons" ou de "ventre mou de la lutte contre le terrorisme" par ses homologues mauritanien et algérien.
L'Algérie a, semble-t-il, voulu marquer davantage sa colère en se retirant de "l'Accord d'Alger" qui avait mis fin à la rébellion au nord du Mali en 2006 et dont elle était le facilitateur et le garant.
Signé le 4 juillet 2006 dans la capitale algérienne (entre les représentants de l'état malien et ceux de l'Alliance démocratique du 23 Mai pour le changement), l'Accord d'Alger pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal fixe les modalités du développement du Nord- Mali.
Certes, le Mali a reçu l'assurance de la France qui, par la voix du président Nicolas Sarkozy, lui a promis de le soutenir " pour la stabilité de son vaste territoire national".
"La France sera à vos côtés contre les terroristes et contre Al- Qaïda", a déclaré à Bamako le président français après la libération de Pierre Camatte.
Mais, estiment les analystes, cet appui ne peut pas permettre au Mali de se passer du soutien d'un pays comme l'Algérie, surtout pour la stabilité de son septentrion. Le refus de ce puissant voisin de servir de base arrière aux groupes rebelles avait favorisé le retour de la paix dans le septentrion du Mali. Aussi craint-on que son retrait de l'Accord d'Alger, ne plonge la région nord dans l'instabilité.
La crise diplomatique entre le Mali et ses voisins (Algérie et Mauritanie) sonne le glas de la conférence internationale sur la sécurité dans la bande sahélo-saharienne (du Sénégal au Soudan en passant par la Guinée, le Mali, le Niger, le Tchad, la Mauritanie), programmée et reportée à plusieurs reprises.
Malgré le soutien de la France et récemment de la Guinée- Conakry et du Sénégal, ce projet ne peut pas être concrétisé sans l'adhésion de la Mauritanie et surtout de l'Algérie.
Et pourtant, cette initiative chère au président Amadou Toumani Touré, peut être très efficace pour lutter contre l'essor pris par la branche saharienne d'AQMI qui, avec ses prises d'otages et son implication dans le trafic de cocaïne et d'armes, fait planer sur les Etats du Sahel la menace d'une criminalité rampante et de grande ampleur. Une menace préoccupante dans une région à stabilité précaire.
"La force d'AQMI est que les Etats locaux sont faibles. Ils raisonnent plus souvent en termes de survie qu'en termes de stratégie", analyse l'ancien ministre malien de la Défense Soumeylou Boubeye Maïga.
D'où toute la pertinence de l'initiative d'une conférence internationale sur la sécurité dans cette bande sahélo saharienne où les rançons obtenues avec les prises d'otages et les revenus du trafic de drogue, permettent aux islamistes d'Aqmi de s'armer et de recruter parmi les populations pauvres de pays comme le Niger, le Mali et la Mauritanie.












