Yennayer ou la porte de l’année: sous le signe de la fécondité
La célébration de Yennayer coïncidant annuellement avec le 12, 13 ou le 14 du mois de janvier, c’est selon la référence des uns et des autres, l’une des facettes de notre patrimoine, est en nette déperdition comme d’ailleurs d’autres us et coutumes victimes de valeurs qui nous sont étrangères en tout point de vue auxquelles nous nous agrippons au nom d’une ouverture qui nous a plus appauvris qu’enrichis. Et dire qu’avec les rituels et autres pratiques qu’il charrie compatibles aussi bien avec toutes le bourses qu’avec le concept de modernité derrière lequel l’on se barricade pour mieux justifier notre immobilisme à l’endroit de nous-mêmes, Yennayer est un prétexte idéal pour la joie, la fête dans un esprit de convivialité qui, pourtant, nous fait cruellement défaut en ces temps d’incertitudes.
Genèse
Intimement lié au travail de la terre, à sa fertilité et à sa fécondité, Yennayer ou la porte de l’année marque le passage de la période des grands et rigoureux froids symboles chez les montagnards et les campagnards de famine et de stérilité. C’est à juste titre d’ailleurs qu’il constitue la première fête du calendrier agraire qui fixe les cérémonies en fonction des saisons et au rythme de la végétation. L’année agraire est basée sur le calendrier julien de l’ère romaine mis au point en l’an 45 avant Jésus Christ par l’empereur romain Jules César. Et il n’y a qu’à voir les noms des mois en usage d’origine latine avec, toutefois, de mineures modifications pour s’en convaincre : Yennayer-Januarius ; Maghres-Mars, Wamber-November, Ktuber-October pour nous limiter à ces seuls exemples.
Cependant, le calendrier julien, lui aussi fondé à partir des calculs de l’astronome grec Sosigène d’Alexandre qui, lui aussi, s’est référé à Everaite qui fixa l’année à 365 jours, les six heures restantes étant groupées en une journée supplémentaire rajoutée au mois de février tous les quatre ans, accusait toujours un retard annuel de cinq minutes par rapport au soleil. Ainsi, et jusqu’à 1582, on accumulait un retard de dix jours que l’on récupérera par la réforme de la même année en passant directement du jeudi 04 octobre 1582 au vendredi 15 octobre 1582. Rattrapage qui aurait épargné le calendrier en usage en Afrique du Nord, dit-on. Le retard accumulé depuis s’élève à onze jours, d’où la coïncidence du premier jour de Yennayer avec le 12 janvier.
Saisons et rites
- L’hiver commence le 29 novembre et se termine le 2 février. Lyali du mot arabe éponyme signifiant nuits, est une période qui se distingue par un froid des plus rigoureux. Il y a les nuits noires qui, comme leur nom l’indique, se caractérise par un froid et une gelée intenses s’étalant du 25 décembre au 13 janvier et il y a les nuits blanches qui prennent le relais jusqu’au 02 février durant lesquelles le temps se fait doux. Mais, l’hiver enregistre des retours subits de froid à l’occasion de jours de l’emprunt ou de la vielle comme le rapporte la légende (voir l’article y référent en encadré).
Vient par la suite la période laazarin qui s’étale du 06 février au 27 du même mois et qui veut dire les célibataires. Elle s’et relatée par aucune légende notamment au sujet de sa dénomination et se singularise néanmoins par l’intervalle du ‘’mauvais temps de la chèvre’’ qui serait dangereux pour le bétail et tout particulièrement les chèvres.
- Le printemps s’étale du 28 février au 30 mars et se caractérise surtout par la fonte de la neige et le renouvellement de la végétation. Mais il n‘est pas exempt de périodes de froid comme les journées de la vieille du 09 au 16 mars ou hayyan du 07 au 20 avril. Juste avant l‘été, intervient nissan du 10 au 6 mai où les pluies qui tombent sont aussi bien salvatrices pour la terre pour sa fécondité que pour le bétail pour se fortifier. D’ailleurs, il est même recommandé de s’y exposer à titre préventif et curatif et en cas de sécheresse e cette période, on organise des cérémonies de demande de pluie ou ce que l’on appelle plus communément anzar
- L‘été prend aussitôt la relève, soit du 30 mi et ce, jusqu’au 29 août. Entre le 26 juillet et le 29 août, c’est la période smayem ou poisons en référence à la très forte canicule, néfaste pour la santé, qui sévit. Le 07 juillet, c’est ainsen qui est fêté en procédant à a fumigation des arbres fruitiers en vue ‘une meilleure fécondité.
Du 05 juillet au 02 septembre, on procède à des baignades aux bordure e la mer ou des fleuves et oueds pour se prémunir contre certaines maladies et autres maléfices.
- L’automne débute le 9 août et prend fin le 18 novembre et est surtout marqué par l’entame des labours, cérémonial que l’on appelle harth Adem ou iwjiqen (obligations) qui intervient le 30 octobre. Ce jour là, on procède au sacrifice collectif de bœufs pour favoriser la fécondité de la terre dont les travaux rythment la vie quotidienne des montagnards qui en tirent leur subsistance. Le rite tire sa rasons d’être du jour où Adam dut faire ace à une terrible faim après avoir été chassé du paradis.. Et à ce moment-là, l’ange Gabriel lui fit parvenir deux bœufs, une charrue, des outils aratoires et lui fit apprendre le labourage pour récolter et faire son pain.
La célébration de Yennayer
Comme déjà dit ci-dessus, Yennayer marque la fin de la période des grands froids et l’avènement progressif du printemps et de ce fait, l’épithète de porte de l’année qu’on lui fait porter n’est nullement usurpée. Certes, l’hiver n’est pas pour autant terminé surtout avec les fameux jours de la vieille que le printemps pointe déjà son nez avec un temps qui se fait plus doux et une végétation qui commence à germer. Une telle journée ne peut être que prétexte à la fête et à la joie pour espérer une meilleure fécondité de la terre dont est tirée toutes les raisons de la vie.
Dans l’ancien temps, la célébration de Yennayer durait plusieurs jours durant lesquels plusieurs rites aujourd’hui disparues comme les carnavals, étaient pratiqués. Ne subsistent e nos jours et encore que quelques us et e fameux repas de fête en usage principalement dans les compagnes.
Ainsi, de tous les aspects qui caractérisent cette journée du reste des jours de l’année, la consommation des friandises et autres fruits entre autres dattes, figues sèches, amandes, noix,…disponibles en abondance surtout à quelques jours de Yennayer, ces produits symbolisent ce qu’il y a d‘abondant, de prospère et d’heureux. Néanmoins, c’est le magique poulet que l’on acquiert soit égorgé, soit que l’on égorge de préférence, qui tire son épingle de jeu en pareille circonstance. Il est de même des gens qui élèvent des coqs spécialement pour ce rituel car il est préférable d’égorger le volaille au seuil de la maison pour chasser, dit-on, le mauvais œil et les forces malignes qui rôdent autour.
Le repas préparé à base de poulet qui agrémente le plat du couscous est servi à tous les membres de la famille qui sont tenus de s’en rassasier à satiété. D’ailleurs, autrefois, chaque personne avait à déguster tout un poulet mais le prix exorbitant du volaille n’est pas à même d’honorer la tradition.
Et toujours sous le signe de la fécondité, de la fertilité de la terre,, de l’abandon ce, la première quinzaine de Yennayer est appropriée pour semer les légumes et planter des arbres. Yennayer est aussi mis à profit pour faire la toilette de la maison bien que balayer par régions soit déconseillé de peur d’éloigner la bénédiction. On procède aussi à a réfection du kanoun et on remplaçait les trois pierres (inyen) sur lesquelles repose la marmite.
Les petits enfants ne sont pas oubliés à l’occasion puisque c’est en ce jour qu’ils ont droit à leur première coupe de cheveux. Les plus âgés d’entre eux s baladent à travers forêts et champs à la quête de plantes vertes et de cœurs de palmier nain (ddum) pour orner les maisons, couvrir les cornes de bêtes auxquelles par ailleurs on refaisait les litières avec de l’herbe fraîche.
Dommage encore une fois et on ne cessera jamais de le ressasser autant de fois que cela s‘avère nécessaire, que ces tradition ne soient de mise. Remettre à l’honneur ces us est du ressort de tout le monde, associations culturelles qui doivent se départir d’une vision folkloriste qui a émaillé leurs parcours jusqu’ici, et des pouvoirs public qui doivent d’appuyer la revalorisation de ce pan entier de notre patrimoine ancestral. Mais faut-il signaler que ces derniers et à presque tous leurs échelons, ne montrent nullement d’empressement à agir dans cette optique qui s’inscrit aux antipodes de la conception officielle de notre « Ethaqafa elwatania « . En témoigne le dos tourné à l’une des recommandations du HCA (Haut Commissariat à l’Amazighité), pourtant institution rattachée à la présidence de la République , concernant la proclamation de Yennayer comme journée chômée te payée à l’image du 1er janvier et du 1er Mouharem. Revendication temporairement satisfaite par le défunt mouvement citoyen, alors à l’apogée de son parcours, en l’instituant unilatéralement journée fériée observée durant deux ans seulement sur l’étendue de la Kabylie.
Amnay.K












